Résidence 2015 - Joris Brantuas

« Homme-orchestre » de l’art contemporain, il développe une œuvre multiforme permettant au public de mesurer la diversité des pratiques plastiques contemporaines : peintures surtout, mais aussi photographies, vidéos, performances et organisations d’expositions collectives avec le projet My Art Goes Boom.

Les thèmes qu’il aborde avec humour et les questions de société sur lesquelles il s’interroge sont de nature à susciter l’intérêt des élèves, des enseignants dans toutes les disciplines et du public en général. Vous pouvez découvrir le travail de Joris BRANTUAS sur sa chaîne Youtube et sur Facebook.


YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCrozkmIExy-Xn2Dy1vt8FuQ
Facebook : https://www.facebook.com/pages/Joris-Brantuas/1586803934876412
Résidence 2014 - Selma Lepart

Site de l'artiste : www.selmalepart.com

Entretien :

Les élèves étaient principalement vos spectateurs. Qu’avez-vous retenu de leurs interventions ?
De manière générale, je suis très attentive aux réactions des spectateurs. Le spectateur a besoin d’avoir quelques repères. Cela me fait plaisir lorsqu’il est réceptif et comprend mon travail. Il y a quelque chose qui se déclenche chez lui et qui est important pour moi.
Dans le cadre de la résidence quelques élèves ont été très pertinents mais pendant les visites certains ont eu parfois du mal à engager le dialogue. Pour beaucoup c’était une nouveauté. Mais lorsque les échanges se développaient, les élèves posaient surtout des questions sur l’aspect visuel de mon œuvre. Une question est souvent revenue sur le temps passé à réaliser mes dessins. La réalisation de travaux directement sur le mur et le fait qu’à un moment ils allaient être effacés, à susciter souvent des questions.


En arrivant sur les lieux en début de résidence, aviez-vous déjà en tête les œuvres qui allaient investir les murs ?
Je savais en partie ce que j’allais faire. C’est le cas pour la pièce d’acquisition du lycée. Je l’ai achevée vers la fin de l’exposition. Pour les autres œuvres l’enjeu étaient de partir du dessin et de le faire évoluer peu à peu sans savoir vraiment comment l’évolution allait se passer. Sur certaines pièces j’ai changé d’avis plusieurs fois, même radicalement. Ainsi le vidéoprojecteur a finalement tenu une place importante alors que je n’avais pas du tout prévu de l’utiliser.
Cette démarche évolutive est un trait caractéristique de mon travail en dehors de la résidence à Lunel. Mais cela concerne moins les pièces multimédia plus longues à réaliser et qui demandent au préalable une grande préméditation.
La science est au cœur de votre travail depuis plusieurs années. Allez-vous poursuivre dans cette direction encore longtemps ?
Je remets tout le temps en question mon rapport à la science. Je suis arrivée dans une catégorie qui s’appelle « art et science » car dans mon travail j’ai utilisé à un moment des produits chimiques que je récupérais dans un laboratoire. Mais pour moi c’était plutôt un acte multimédia qu’un travail de théorisation autour des sciences. J’instrumentalise les sciences afin de mettre en avant la notion d’interactivité. Plus j’avance dans ce domaine et plus je m’interroge sur le champ artistique. Aujourd’hui la remise en cause des traditions, du passé, des codes, etc… est assez forte dans notre société. Dans l’art contemporain on retrouve un écho à cela surtout dans les créations multimédia.


Quel regard avez-vous sur l’art contemporain ?
Les 20 dernières années m’intéressent plus particulièrement. Dans une exposition d’art contemporain j’aime bien l’aspect « confrontation ». J’apprécie des artistes comme Olafur Eliasson, Pierre Huygues, Anthony McCall.
J’aime beaucoup les travaux basés sur l’expérimentation. Ce qui m’intéresse surtout c’est le chemin pour arriver à une pièce. Cela n’est pas toujours visible lorsque l’œuvre est exposée. Avec le temps on perd souvent l’histoire de ce chemin. Le discours se rode.


Suivez-vous particulièrement de près les nouvelles technologies ?
J’ai eu un côté « geek » mais depuis deux ans j’accorde moins d’importance aux nouveautés. Je pense qu’il est nécessaire d’avoir un certain recul. Il y a parfois un côté spectaculaire dans les nouvelles technologies qui peut-être un piège. Je préfère poser sur les bases de mon travail. Cela passe au départ par un travail de dessin. Pas besoin de machine pour le pratiquer. Il y a un crayon et une feuille de papier. C’est une activité ancestrale qui garde toujours sa place dans une pratique artistique multimédia. C’est ainsi que j’ai démarré mon travail à Lunel en accordant au dessin une place fondamentale. J’adore le dessin. Je me retrouve souvent dans un état méditatif. Il y a un résultat immédiat. J’ai toujours aimé dessiner.

Réalisé avec Patrick Perrotte le 21 février 2014

Productions d’élèves autour de la résidence

  • Lila Yollan Touré
  • Lila Delattre
  • Melissa Khanfour
  • Tracy Wolfs
Résidence 2013 - Dorothée CLAUSS

Née le 16 Février 1987 / Vit et travaille à Narbonne

En résidence du 11 janvier au 10 février 2013

" Le rapport du spectateur à la peinture est de l'ordre de la confrontation. Une oeuvre ne doit satisfaire ni l'attente ni le besoin, mais proposer un bras de fer à l'issue duquel elle sort gagnante. Une de mes volontés consiste à appeler, à solliciter ce regard à travers le langage plastique.

Au premier contact, la forme prime.
Surgit alors la fameuse question du savoir-faire qui pose toujours problème.
La peinture reste le seul médium ou le métier s'impose au spectateur, une peinture est bonne ou mauvaise, il n'y a pas de supercherie possible. Une simple coulure nécessite une connaissance du médium. Pourtant, rester dans la fascination technique est insuffisant et conduit forcément à l'ennui.
Dans l'acharnement névrotique à toujours vouloir "mieux faire", le perfectionnisme, l'obligation et la culpabilité au travail, la forme prend rapidement le dessus sur le fond. Occulter cette évidence fait souvent défaut, le fond doit rapidement s'y substituer.

Lorsque les peintres étaient contraints à représenter certains thèmes sacrés, malgré la pensée déjà révolutionnaire de la Renaissance , seule la virtuosité technique était reconnue. Artemisia Gentileschi, comme bien d'autres, a pourtant transcendé cette obligation en "s'autoportraitisant" en Judith tranchant la tête d'Holopherne, homme aux traits de son violeur. Ce récit, ancien mais évocateur, rassemble quelques notions de ma démarche : le dépassement du métier, la ré-appropriation du mythe à son époque et son contexte, l'auto-analyse.

Les mythes fondateurs sont ancrés dans l'inconscient collectif d'une société et son fonctionnement en dépend. Levi-Strauss énonce que "la valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que ces évènements censés se dérouler à un moment du temps forment ainsi une structure permanente." Chaque époque cherche à s'identifier et se reconnaît dans une grande figure mythologique, immuable. Gilles Lipovetsky observait, dans l'ère du vide "aujourd'hui, c'est Narcisse qui symbolise le temps présent."
De la même manière l'individu qui s'identifie au héros du mythe fait écho à son intimité, familiale ou relationnelle.
Le mythe est propre à une culture; ainsi, le poids de l'héritage judéo-chrétien refoulé ou assumé, influence mes choix de vie et mes orientations plastiques. Une oeuvre se nourrit forcement de son contexte. "The subject of the painting is always the autor, the artist." (John Currin).

Je tente de traduire cette notion essentielle dans un rapport au lieu, à mon entourage familial et affectif, à ma sensibilité. Le travail de l'autoportrait s'impose par conséquence. Jouer de l' ambivalence - victimisation et constat détaché de cette spirale nombriliste, permet de laisser planer le doute quant à ma prise de position.

Chacun trouve sa propre définition et la raison d'être de son médium et de l'art en général. Je ne pense pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises approches.
Pour ma part, j'envisage la peinture comme une traduction plastique d'un psychisme tourmenté, consciente d'avoir sans doute manqué d'assembler quelques morceaux lors du stade essentiel du miroir. Jacques Lacan assure qu'il n'y a que deux questions auxquelles nous essayons tous de répondre : suis-je mort ou vivant ? Suis-je un homme ou une femme?
Je me questionne, mais je questionne en général ; la construction de l'individu, les névroses, le développement de pathologies psychiques, l'obsession de mort, les événements traumatisants, la religion omniprésente, le refoulement... sans bien sûr apporter de réponse.

Laisser une place primordiale à l'"Unheimlich", fait partie intégrante du processus créatif. "


Dorothée Clauss
Du côté des élèves
Exposition de travaux d’élèves de l’option facultative autour de la résidence de Dorothée Clauss
Résidence 2012 - Audrey Martin

"Depuis toujours la question de la représentation est essentielle dans l’art. Il existe un décalage entre le réel et sa représentation. Cette brèche est une source de dialogue qui me permet d’explorer des interfaces et des zones intermédiaires. Si l’image adhère à la réalité, elle tente aussi de la reproduire en son absence. Cette idée d’absence fait glisser mon travail vers une immatérialité, où le visible est trompeur. Je tente de jouer avec les a priori de la vision pour que la question de la représentation puisse revenir au premier plan. Mon travail s’articule autour de ces idées de construction et de déconstruction jusqu’à épuisement des images et des objets. Un geste, une action viennent marquer la pièce produite pour mieux l’interroger. La simplicité du processus rendant visible la lecture de celles-ci. Engageant une économie de moyens, je tente d’aller à l’essence même des projets. L’espace et le lieu sont aussi source de questionnements. Sous forme d’enquête je cherche les plus petites imperfections pour les rendre visibles. Mes pièces traduisent une volonté de rendre visible la mémoire, d’un lieu, d’une pièce existante, et demande au spectateur de se montrer plus attentif à une fausse évidence ; nous sommes toujours à la limite d’une possible disparition."

Jeune artiste plasticienne, ancienne élève du lycée Louis Feuillade dans la spécialité arts plastiques, diplômée des arts décoratifs de Strasbourg depuis 2009, Audrey Martin fut également l’assistante de l’artiste Renaud Auguste – Dormeuil. Son travail aborde l’esthétique de la sobriété tant sur le plan de l’engagement intellectuel que formel. Aujourd’hui en constante recherche de projets actifs et ambitieux, elle a eu l’occasion d’exposer au Frac Languedoc-Roussillon et dans diverses françaises et internationales (galerie Plug-in de Bâle en 2010, Belgique et Italie). Elle vit à Montpellier.

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RÉUSSITE - installation in situ 1000 cartes à jouer
2009 - 290 × 85 cm en collaboration avec Audrey Meline