"Les revenants"
Du 25 septembre au 13 octobre 2014


Pour cette première exposition d'anciens élèves d'arts plastiques et de cinéma qui font aujourd'hui carrière dans le champ artistique, le lycée Louis Feuillade accueille les oeuvres de :
Jean Adrien Arzilier, Stéphanie Blanquet, Charlotte Caragliu, Julien Francioli, Isabelle Guichard, Cyndie Olivares, Léo Perrin et Béatrice Teulon-Nouailles.

Les Revenants à Musidora

Les Revenants, ce sont des anciens élèves du lycée des sections arts plastiques et cinéma-audiovisuel qui ont poursuivi une carrière de créateurs, même si certains exercent une autre activité (enseignant, médiateur culturel, régisseur…).

Les huit de cette première vague, dont certains sont des compagnons de route de
Julien Doré, ont bien voulu jouer le jeu du thème qui leur était… moins imposé que proposé, celui des Revenants, en référence à Fantomas et autres vampires filmés jadis par Louis Feuillade, avec Musidora en vamp redoutable, justement.

Cyndie Olivares a ainsi confectionné un volume à échelle humaine, un parallélépipède vertical recouvert de papier calque, translucide et donnant l’impression d’être habité par une silhouette fantôme, celle de Musidora dans son attitude la plus célèbre. On voit ici que la lumière joue un rôle crucial et que la sculpture n’a point peur du vide, comme la représentation traditionnelle que l’on s’en fait pourrait le laisser penser. Le vide fait le plein et de toute façon héberge la figure spectrale qui se laisse deviner à contrejour. Il faut tourner autour pour discerner une ombre, pâle et fantomatique, avec laquelle dès lors jouer.

Une autre qui a joué à fond la carte du sujet proposé, c’est
Stéphanie Blanquet qui s’est inspirée de dentelles et de draps empruntés à son aïeule. Ainsi a-t-elle découpé au sol l’ombre blanche d’un arbre, sur drap connoté, qu’il faut aussi interpréter dans sa dimension généalogique, et sur des dessins présentés au mur des ombres, autant dire des fantômes, de dentelles. Une autre série en triptyque dévoile une femme aux cheveux de racines arborescentes, se dépouillant graduellement de son corps pour ne conserver que le vêtement en forme de feuillage coloré.

Béatrice Teulon-Nouailles met en page des planches dessinées au stylo noir, réalisées durant des moments d’ennui, en cours par exemple, où les fantômes du passé ressurgissent sous la plume qui court, sans s’embarrasser de décision ferme ni d’intention avouée. Un graphisme automatique en quelque sorte et qui laisse sourdre quelques obsessions et thèmes de prédilection. Quelquefois la page blanche ne comporte qu’un seul dessin. D’autres fois le caractère biographique est fortement accusé. L’humour est certes convoqué, l’angoisse souvent tournée en dérision, meilleur moyen de l’exorciser.

Léo Perrin agrandit démesurément des moustiques écrasés, lesquels, chacun a pu le constater, définissent une tache ou un graphisme sur le mur. Repris par le dessin et la peinture, ils révèlent leur plasticité, leur capacité de métamorphose et au fond prouvent que n’importe quel être, la plus humble des créatures, a droit au royaume des yeux.

Julien Francioli expose carrément une ancienne copie corrigée par son prof d’autrefois, et joue ainsi à fond la carte du revenant. Il convoque Marcel Duchamp et Léonard de Vinci afin de venger ce dernier en affublant une roue trouvée de bicyclette des moustaches de la Joconde. Il remet les Tortues ninja, aux noms de grands peintres renaissants, dans la perspective qui les a vus naître. Il s’inspire des grands savants de la lumière pour sur-imprimer des dessins personnels. Enfin, il rend un discret hommage à Julien Doré avec une plante de baguette batteuse poussant sur du sable du désert américain.

La production de
Jean-Adrien Arzilier est sans doute la plus difficile d’approche. Une roue mais déformée, un canoë, mais inutilisable, une sorte d’affiche faite de magazines découpés. Il faut voir que ces objets sollicitent la manipulation et donc reviennent aux origines de la technique, au lieu de se complaire dans le recours, plus ou moins obligé, à la technologie numérique ou de pointe. Le canoë est fabriqué comme un collage à partir de deux objets distincts, avec du matériau moderne toutefois. La roue, en bois, se transforme en ellipse, comme vue en anamorphose, ou rendue grotesque par les déformations iconiques auxquelles l’image moderne nous a habitués.

Le travail de
Charlotte Caragliu est également très complexe. Il s’agit au fond de faire changer les objets d’état. Ainsi une clé en cristal, accrochée presque invisible au mur, ne sert en apparence qu’à ouvrir la porte de nos rêves ou aspirations célestes. Le simple balayage d’un scanner, dans le noir, peut-il apparaître, travaillé sur logiciel, comme un paysage inattendu, présenté en boucle, sur un mur. Une échelle, qui permettait de s’élever vers la lumière, est-elle réduite en cendres, et en tas, d’où elle aspire pourtant toujours à s’élever. L’artiste se dit fasciné par le thème de l’absence, qui passionna Mallarmé. Ainsi un dictaphone produit-il du bruit par lui-même, malgré l’absence de tout son. L’absence s’offre ainsi une présence, qui connote et influence le sens de son installation murale.

Enfin,
Isabelle Guichard a envoyé trois vidéos tournées au Canada où elle séjourne. Il s’agit de films documentaires sur trois réalisations dans des lieux publics et souterrains, concoctées avec son amie Martine Frossard. On peut considérer son œuvre comme interactive car le public y contribue, par exemple en ajoutant des papiers à coller à la Chronologie de l’année révolue, aux dates remarquables, scotchée au mur. Ou quand elle invite à parcourir la marelle géante, au sol, rythmée de propositions verbales et conceptuelles, terminée par un cercueil… Enfin quand elle nous confronte, toujours sur un mur, au big bang et à la mise en plan des constellations stellaires, parmi lesquelles nos petites réflexions quotidiennes, entérinées par des interventions linguistiques, nous paraissent dérisoires et décalées.

Une expo qui permet de se faire une idée non exhaustive de ce que sont devenus les anciens élèves d’une section arts plastiques. Comme on le voit, l’installation in situ, la réflexion sur l’objet, la surimpression, le travail sur la lumière, la vidéo, le dessin surtout, et le volume semblent avoir le vent en poupe. Mais attention la seconde vague s’annonce déjà, qui pourrait nuancer cette impression.

BTN

Du côté des élèves …
Classes L de Monsieur Bernard Teulon-Nouailles

Cyndie Olivares

Charlotte Caragliu

Léo Perrin

Isabelle Guichard & Martine Frossard

Jean-Adrien Arzilier

Béatrice Teulon-Nouailles

Julien Francioli

Stéphanie Blanquet